Tout ce que vous devez savoir sur la digestion chez le cheval

La digestion chez les équidés est un processus complexe et fascinant (si, si, si !), une série de mécanismes délicats qui dure près de 30 heures. Et dans ces rouages si parfaitement huilés, un grain de sable (un changement d’alimentation brutal, un déséquilibre) peut mettre en péril tout l’organisme et entraîner ulcère, obstruction œsophagienne, torsion intestinale et bien d’autres troubles. Vous voulez prendre soin de votre cheval ? Alors cela passe par une bonne connaissance de son système digestif unique et des précautions et habitudes à prendre au quotidien pour son alimentation. C’est ce que nous verrons ensemble dans cet article, et promis, même les plus allergiques aux cours de « bio » devraient apprécier la leçon !

Le système digestif du cheval : un aperçu général

Parce qu’il passe (littéralement) toute sa journée à brouter, le cheval est bien évidemment un herbivore. Mais contrairement à d’autres espèces qui se nourrissent exclusivement de végétaux (bovins, ovins, etc.), il a ses propres particularités. Alors, débutons tout de suite cet article par une coupe anatomique générale de son système digestif !

Tout commence par la bouche : l’équidé saisit et mâche sa nourriture (fourrage et granulés la majorité du temps), la réduisant en bouillie. Dans le jargon, on parle de « bol alimentaire ». Celui-ci est ensuite acheminé par l’œsophage, un tube fin, vers l’estomac.

C’est ici, grâce aux enzymes du suc gastrique que se déroule la digestion chimique. Relativement petit par rapport à la taille de l’animal (environ 20 litres pour un spécimen de 500 kg !), cet organe est divisé en deux parties : la zone supérieure, avec un pH allant de l’acide au neutre, et la zone inférieure, très acide, où le suc gastrique est sécrété.

Le bol alimentaire digéré passe ensuite dans l’intestin grêle, doté de microvillosités qui facilitent l’absorption des nutriments. C’est aussi là que se poursuit la digestion enzymatique, grâce aux sucs intestinaux.

Le parcours se termine dans le gros intestin où se déroule l’essentiel de la digestion. Sans microvillosités, mais riche en bactéries, il décompose les fibres, les protéines et l’amidon, et synthétise des vitamines. L’eau et les nutriments y sont également absorbés. En tout, le transit digestif du cheval aura duré 30 heures !

Les différents composants de l’appareil digestif du cheval

Faisons à présent une halte à chaque étape de la digestion chez le cheval.

La bouche

Le cheval utilise ses vibrisses (= les sortes de moustaches qui lui parent la bouche) pour trier sa nourriture et apprécier la texture et l’odeur de ce qu’il a à portée de lèvres. Il s’empare ensuite des aliments grâce à sa bouche très mobile et plus particulièrement ces incisives.

Petite curiosité physiologique : le mâle possède 40 dents contre 36 pour la femelle. Il s’agit de 4 crochets, semblables à nos canines. Et, à l’instar de celle des petits humains, la dentition atteint sa forme définitive qu’aux alentours de 5 ans.

Chaque dent a son rôle :

  • Les 12 incisives servent à trancher l’herbe.
  • Les 12 prémolaires mastiquent et s’usent au fur et à mesure des mois et des années (mais aucune inquiétude à avoir : elles repoussent continuellement !).
  • Les 12 molaires terminent le broyage des aliments.

Bon à savoir : si le cheval a besoin de « cracher » un aliment, il le fait au niveau des barres, l’espace vide situé entre les incisives et les prémolaires… là où on glisse nos doigts pour mettre le mors !

Au niveau de la mâchoire, elle se compose d’une partie inférieure mobile, la mandibule, et d’une partie supérieure fixe, le maxillaire. La salive, quant à elle, est produite en continu et augmente en fonction des aliments consommés et lors de la mastication en général afin de faciliter leur passage dans l’œsophage.

Quelques petits chiffres sur le processus de mastication : manger 1 kilo de foin requiert environ 3 000 coups de mâchoire et prend 40 minutes, tandis que 1 kilo de granulés demande 1 000 coups de mâchoire et seulement 10 minutes. En termes de production de salive, 1 kilo de foin entraîne la production de 4 litres de salive, contre seulement 2 litres pour l’équivalent en granulés. Enfin, un cheval peut produire jusqu’à 40 litres de salive par jour !

L’œsophage

L’œsophage mesure entre 125 et 150 cm et se compose de trois parties : le sphincter supérieur, l’œsophage proprement dit et le sphincter inférieur situé près de l’estomac.

Au vu de son emplacement dans le système digestif du cheval, son seul rôle est de transporter rapidement le bol alimentaire de la bouche à l’estomac. Et il réussit plutôt puisqu’il lui faut quelques secondes pour atteindre cet objectif.

Bon à savoir : l’œsophage peut parfois se boucher, entraînant ce qu’on appelle une « obstruction œsophagienne », un « engouement » ou un « bouchon œsophagien ». Les signaux d’alerte : le cheval bave de manière anormale ou a des difficultés à déglutir. Cette situation peut survenir chez les équidés qui ne mastiquent pas suffisamment ou qui mangent trop rapidement (aka « les gloutons de l’écurie »).

L’estomac

L’estomac du cheval, bien qu’apte à engloutir près de 20 litres de bol alimentaire, n’est en réalité jamais rempli à plus de deux tiers de sa capacité. La nourriture y reste entre 5 et 6 heures en tout et pour tout, mais la moitié est évacuée relativement rapidement : après deux heures de digestion.

L’entrée de l’estomac, nommée cardia (c’est à cause de ce sphincter que les chevaux ne peuvent pas vomir !), mène à deux zones distinctes : la première, proche de l’œsophage, est recouverte d’une muqueuse squameuse et délicate, tandis que la seconde est protégée par une muqueuse glandulaire qui sécrète bicarbonates, acides et mucus.

L’estomac joue un rôle clé en triant les aliments en fonction de leur composition et digestibilité afin d’optimiser le travail des intestins. Ainsi, la flore bactérienne s’occupera des glucides alors que les sucs gastriques, eux, se décomposeront les protéines.

Bon à savoir : l’estomac des équidés est particulièrement fragile et sujet à diverses affections (ulcères, dilatations gastriques, etc.).

L’intestin grêle

Même si le bol alimentaire n’y reste que quelques heures, l’intestin grêle constitue tout de même 30 % du système digestif total ! Long de 25 mètres en moyenne, il se divise en 3 sections :

  • le duodénum ;
  • le jéjunum ;
  • l’iléon.

La digestion qui s’y opère est de type enzymatique : les enzymes intestinales et le suc gastrique finissent de décomposer et d’assimiler les protéines et les glucides. La bile, quant à elle, se chargera de la digestion des lipides (eh oui ! le cheval n’a pas de vésicule biliaire pour s’en occuper).

Bon à savoir : un des soucis les plus fréquents touchant l’intestin grêle est la torsion intestinale (ou étranglement) où, comme son nom l’indique, l’intestin se tord sur lui-même ou autour d’un autre organe.

Le gros intestin

Le gros intestin du cheval se compose lui aussi de plusieurs sections :

  • le cæcum qui est situé à l’entrée du côlon, sorte de poche qui reçoit les déchets en provenance de l’iléon et les trie ;
  • le côlon ascendant ;
  • le côlon descendant, plus connu sous le nom de rectum, qui marque la dernière étape du système digestif.

8 mètres de long. 125 litres. 60 % du volume total du tube digestif. Le gros intestin est un mastodonte du système digestif chez le cheval. Le bol alimentaire y reste bien plus longtemps que dans l’intestin grêle ou l’estomac, généralement de 24 h à 48 h.

À l’intérieur s’abrite une multitude de micro-organismes responsables de la dégradation finale des particules alimentaires avant l’expulsion définitive des résidus.

Alimentation permettant une bonne digestion chez le cheval

Le système digestif équin est doté d’un équilibre délicat, chaque composant jouant un rôle vital dans l’assimilation des divers éléments de l’alimentation quotidienne de l’animal. Un changement brusque de régime ou une déstabilisation de cet équilibre peut donc entraîner des troubles graves, affectant directement sa santé. Voyons, organe après organe, comment bien prendre soin de votre compagnon à quatre pattes… de l’intérieur !

De manière générale

Comme nous l’avons précédemment, le cheval est un herbivore monogastrique qui n’a qu’un seul estomac, mais de très petite taille. Son intestin grêle, en revanche, est long et étroit. Enfin, contrairement aux ruminants tels que les bovins, les ovins et les caprins, qui possèdent deux zones de digestion des fibres (le rumen et le gros intestin), l’équidé n’en a qu’un : le gros intestin. Les aliments y sont moins réduits en fines particules par rapport aux ruminants, ce qui entraîne une assimilation moindre.

Toutes ces particularités anatomiques l’obligent à manger en continu, mais en petites quantités, tout au long de la journée, car sa digestion est moins efficace. À l’état naturel, le cheval passe ainsi la majeure partie de son temps à brouter de l’herbe par petites prises successives, soit environ 15 heures par jour.

Au niveau de la bouche

Il est recommandé de faire examiner les dents de votre cheval par un dentiste équin chaque année pour assurer une santé bucco-dentaire optimale. Si nécessaire, ce professionnel pourra limer les prémolaires qui auraient trop poussé.

Côté alimentation, proposez du fourrage en quantité suffisante à votre compagnon afin d’augmenter sa production de salive (cela aide à neutraliser l’acidité gastrique) mais aussi à occuper ses journées, en particulier s’il vit en box.

Au niveau de l’œsophage

Assurez-vous de toujours laisser de l’eau propre et fraîche à la portée de votre cheval pour qu’il puisse s’hydrater correctement et faciliter le passage de la nourriture à travers l’œsophage.

Pour nourrir votre cheval, il est préférable de distribuer les aliments le plus près du sol possible, de manière à ce que l’animal mange avec son encolure dans une position basse, ce qui réduit la torsion de la tête et favorise une ingestion saine. Il est également recommandé de fractionner les repas et d’éviter de proposer des repas concentrés en grande quantité, c’est-à-dire de plus de quatre litres.

Bon à savoir : mieux vaut ne pas donner de granulés mélassés à votre compagnon, car ils ont tendance à s’agglomérer et peuvent augmenter le risque d’obstruction œsophagienne.

Enfin, pour les chevaux qui ont la mauvaise habitude d’engloutir leur ration ou de manger trop rapidement, vous pouvez placer des galets dans leur mangeoire pour ralentir leur vitesse d’ingestion.

Au niveau de l’estomac

Pour les chevaux au box, fractionnez la ration journalière en de multiples petits repas pour favoriser une meilleure digestion et limitez l’apport de glucides très digestes (comme le blé, l’avoine, les céréales floconnées et les sucres simples tels que la mélasse) afin de réduire les risques d’acidose.

Pour ceux qui sont au pré, laissez votre cheval manger librement : il s’autorégule (attention tout de même à la période printanière et les risques de fourbure liés !).

Au niveau de l’intestin grêle

Il est essentiel d’effectuer tout changement alimentaire de manière progressive, idéalement sur une période d’une semaine. De cette manière, l’organisme a le temps d’ajuster ses sécrétions digestives au nouvel aliment et minimiser ainsi le risque de troubles digestifs. Ces derniers peuvent survenir lorsque de la nourriture non ou mal digérée se retrouvent dans le gros intestin.

Enfin, prenez garde à la quantité d’amidon consommée (moins de 2 g d’amidon/kg par jour) !

Au niveau du gros intestin

Il y a plusieurs moyens de prendre soin du gros intestin de votre cheval : en apportant des fibres en quantité importante, mais aussi en soutenant la flore grâce à des probiotiques ou des prébiotiques. N’hésitez pas à en discuter avec votre vétérinaire afin qu’il vous oriente vers les produits les plus adaptés à votre compagnon.

Pensez également à privilégier la qualité à la quantité des protéines afin de limiter l’arrivée de déchets dans le gros intestin (ce qui entraîne une forte quantité d’ammoniac à terme) et gardez un œil sur la consommation de paille de votre fidèle destrier : une surconsommation peut entraîner des coliques par constipation du fait de la forme spécifique du côlon du cheval.

Référence :

IFCE – Equipédia « La digestion chez le cheval : une physiologie adaptée à l’ingestion de fibres en continu » par Nelly GENOUX (Ingénieure agronome — ingénieure de développement IFCE), Pauline DOLIGEZ (Ingénieure de projets & développement « Alimentation et entretien des équidés » IFCE) et Laetitia LE MASNE (Ingénieure de développement IFCE)