Un cheval qui respire fort au repos n’est pas un signe à prendre à la légère. Si c’est le cas après une séance de travail intense, un effort ou lors de fortes chaleurs, il n’y a pas lieu de s’inquiéter : il s’agit d’une réaction physiologique normale. En revanche si cette même gêne persiste au calme, cela mérite votre attention. En effet, une affection sérieuse peut en être l’origine, comme de l’emphysème, une rhinopneumonie ou encore une paralysie du larynx entraînant du cornage. Dans cet article, nous vous expliquons tout ce qu’il faut savoir pour agir vite et au bon moment : de la fréquence respiratoire « normale », aux causes possibles en passant par le diagnostic vétérinaire et les protocoles envisageables.
Comprendre la respiration du cheval
Fréquence respiratoire normale au repos
La fréquence respiratoire normale d’un cheval adulte au repos se situe entre 10 et 14 expirations par minute. Cette fourchette peut même s’étirer de 8 à 16 mouvements par minute chez certains équidés sans qu’il y ait lieu de s’en inquiéter. Le plus important : les inspirations et expirations sont régulières, les naseaux ne sont pas dilatés.
Pour mesurer la fréquence respiratoire de votre propre animal, observez ses flancs pendant 30 secondes, montre en main, puis multipliez par deux. Chaque cycle (= inspiration et expiration) ne compte que pour un seul mouvement. L’idéal est de connaître la fréquence respiratoire de votre compagnon à quatre pattes lorsqu’il est en pleine santé, histoire d’avoir un point de référence.
Bon à savoir : une fréquence respiratoire au repos au-delà de 16 expirations par minute doit vous faire décrocher prestement votre téléphone et contacter le vétérinaire. Supérieur à 20 expirations par minute, c’est une urgence !
Schémas respiratoires typiques
La respiration normale d’un équidé est superficielle, c’est-à-dire avec peu d’amplitude thoracique. Elle est donc naturellement peu visible. À l’inverse, des mouvements forcés et/ou saccadés doivent vous interpeller.
Il en va de même pour certains bruits comme :
- les sifflements que l’on entend lors de l’inspiration et qui peuvent signaler une obstruction partielle des voies respiratoires hautes ;
- les râles ou crépitements, des sons humides qui peuvent indiquer la présence de mucus dans les poumons ;
- le cornage, rauque et puissant, surtout audible à l’effort et lié à un problème au niveau du larynx.
En résumé, un cheval qui respire fort au repos ou une respiration qui devient bruyante est toujours le signe que le passage de l’air n’est plus fluide.
Causes possibles d’une respiration forte chez le cheval au repos
La cause principale à envisager est l’emphysème ou ORVR (pour Obstruction récurrente des voies respiratoires). Il s’agit d’une maladie inflammatoire chronique qui fait penser à l’asthme chez les humains. Parmi les symptômes, on retrouve notamment :
- une difficulté à expirer ;
- une toux sèche ;
- des naseaux dilatés ;
- une « ligne de pousse » (les flancs se creusent tant qu’ils forment une ligne).
L’emphysème est dû à la présence d’allergènes mal tolérés par l’équidé dans les moisissures, la poussière et les endotoxines dans le foin et la paille.
Au-delà de l’ORVR, plusieurs autres affections peuvent entraîner une respiration forte au repos comme :
- l’hémiplégie laryngée (ou cornage), une paralysie partielle du larynx qui bloque en partie l’arrivée d’air pendant l’inspiration ;
- l’insuffisance cardiaque congestive (ICC) qui provoque un œdème pulmonaire ;
- la pneumonie bactérienne ou virale ;
- l’herpèsvirose équine de type 1 ou 4 (HVE 4) ou rhinopneumonie ;
- etc.
Comment diagnostiquer une respiration anormale
Signes d’alerte à surveiller
Votre cheval respire fort au travail, au repos ou même couché ? Avant d’appeler le vétérinaire, prenez le temps de faire un état des lieux :
- Vérifiez la fréquence cardiaque de votre animal : au-delà de 20 cycles par minute, c’est une urgence !
- Regardez si la respiration est normale ou abdominale : si vous voyez votre compagnon contracter ses muscles abdominaux, c’est le signe qu’il doit faire un effort pour inspirer et/ou expirer.
- Observez les naseaux de votre cheval : sont-ils dilatés ? Y a-t-il du jetage (d’un côté ou de l’autre, voire des deux ?) ?
- Examinez ses flancs : une « ligne de pousse » se dessine-t-elle ?
- Prenez sa température : a-t-il de la fièvre (supérieur à 38°C) ?
Bon à savoir : si votre cheval vient de faire un effort, laissez-lui le temps de récupérer. Il est physiologiquement normal de respirer plus fort après un galop ou un parcours !
Tests et examens vétérinaires recommandés
Lors de la consultation, le vétérinaire va tout d’abord réaliser une auscultation respiratoire avec un stéthoscope : il recherche des bruits inhabituels (râles, sifflements, etc.). Des examens complémentaires peuvent également vous être proposés :
- une prise de sang (pour détecter une pathologie infectieuse) ;
- un test de respiration forcée à l’aide d’un sac (pour vérifier bronches et trachée) ;
- un PCR (pour identifier différents virus ou bactéries) ;
- une endoscopie (pour observer les cavités nasales jusqu’à la trachée) ;
- une radiographie ou une échographie (pour inspecter le thorax).
Bon à savoir : dans une étude réalisée en Allemagne (vous la retrouverez en source de cet article), sur les 112 chevaux de sport que les propriétaires estimaient en parfaite santé, plus de la moitié présentaient en réalité une maladie respiratoire suite à l’endoscopie et à l’auscultation. Il est donc important de se souvenir qu’une respiration « normale » ne suffit pas à exclure un quelconque problème.
Solutions et traitements pour améliorer la respiration du cheval
Adapter l’environnement du cheval
Face à un cheval qui respire fort, et plus particulier pour les équidés souffrant d’emphysème, vous pouvez agir sur son environnement. Le but est d’éviter un maximum l’inhalation de poussière pour éviter d’aggraver l’inflammation des voies aériennes.
Ainsi, essayez de privilégier le pré au box. Et si vous n’avez pas le choix, préférez alors un box ouvert sur l’extérieur plutôt que sur l’intérieur des écuries.
Du côté de vos séances de travail, une carrière de sable mouillée sera toujours plus saine qu’un manège de sciure sèche.
Enfin, concernant le foin, l’idéal est de l’humidifier avant le donner à votre cheval.
Bon à savoir : il existe des appareils comme les purificateurs de foin à la vapeur qui permettent d’éliminer les allergènes. À examiner de plus près en cas d’ORVR avérée.
Traitements médicaux possibles
Les protocoles médicamenteux sont privilégiés lors des périodes de crise plutôt qu’en traitement de fond. Généralement, il s’agit d’anti-inflammatoires corticoïdes à injecter ou à inhaler. Certains contiennent même des huiles essentielles. Le vétérinaire pourra également prescrire à votre cheval des bronchodilatateurs, administrés en sirops. Dans le cas de jetage important, des mucolytiques peuvent être envisagés, toujours sur prescription médicale.
Bon à savoir : pour le cornage, le traitement passe souvent par une chirurgie avec pose d’une prothèse au niveau du larynx. D’où l’intérêt d’avoir une bonne assurance cheval pour prendre en charge les frais…
Prévention des problèmes respiratoires chez le cheval
Prévenir les problèmes respiratoires chez les équidés passe principalement par un environnement sain (ventilation des écuries, litière peu poussiéreuse, trempage du foin, accès aux pâturages, etc.). Le but est d’éviter l’accumulation de poussières et de moisissures. Et bien évidemment, l’observation régulière de la fréquence respiratoire de votre cheval au repos, dans des conditions calmes, est LE geste de prévention le plus simple et le plus efficace pour détecter précocement une quelconque anomalie.
Source :
Herholz C. et al. (1994) — étude portant sur 112 chevaux de sport, non disponible en accès libre, mais citée dans : acheval.fr
