Comprendre et Gérer un Cheval qui Mord

Un cheval qui mord son cavalier ou ses compagnons de pré, ce peut être tout de suite très impressionnant (et douloureux !). Mais avant de parler de « mauvais caractère », rappelons à toutes fins utiles que la morsure n’est pas un caprice chez les équidés. C’est un comportement qui a toujours une raison, et la bonne nouvelle, c’est qu’on peut le corriger. Dans cet article, nous vous expliquerons toutes les clés pour enrayer cette attitude problématique.

Les Causes du Comportement de Morsure chez le Cheval

L’instinct naturel et la communication par la morsure

Dans un troupeau, les chevaux se mordillent sans cesse, que ce soit pour jouer, se gratouiller mutuellement (= le grooming) ou se faire comprendre. Un animal qui pince n’est donc pas forcément « méchant », attention à l’anthropomorphisme !

La morsure fait partie du langage naturel équin : c’est un vrai outil de communication entre pairs qui relève d’un comportement du cheval tout à fait normal. En revanche, ce peut devenir un problème quand ce geste se reporte sur l’humain.

Facteurs environnementaux et stress

Un cheval qui se sent mal dans ses sabots peut exprimer son anxiété par la morsure. Ainsi, un box trop petit, un manque de sorties pour se défouler, un isolement trop long (rappelons que les équidés sont des animaux grégaires qui ont besoin de vivre en groupe), une alimentation inadaptée ou un rythme de travail trop intense peuvent générer du stress (et même un ulcère chez le cheval). Et un cheval stressé devient plus irritable, et par extension, plus enclin à mordre !

  • Problèmes de santé et inconfort physique

Votre compagnon à quatre pattes essaye de vous mordre au moment du sanglage ou lors du pansage ? Ce peut être le signe d’une douleur. Les ulcères gastriques, les tensions musculaires au niveau du dos, du garrot ou des cervicales peuvent entrainer ce type de réaction. Au moindre changement de comportement, le premier réflexe doit être de contacter votre vétérinaire pour vous assurer de l’absence de pathologie ou de blessures.

  • Les erreurs humaines et la relation mal posée

C’est difficile à entendre pour bien des propriétaires, et pourtant… Beaucoup de morsures sont encouragées par l’humain. Typiquement, donner des friandises à la main, laisser son cheval fouiner dans les poches, rire d’un mordillement chez un jeune : toutes ces habitudes apprennent à votre compagnon qu’il a le droit de jouer avec sa bouche sur l’humain. La relation entre cavalier et équidé est hiérarchisée, qu’on le veuille ou non, et il est primordial que ladite hiérarchie soit très claire dans la tête de votre animal : on ne mord jamais le dominant du groupe.

  • Le cas du poulain qui mord

Chez le poulain, mordiller est un comportement normal : il explore et découvre le monde avec sa bouche. C’est justement à cet âge qu’il faut poser les limites, avec calme et sans dramatiser (et sans coups, il va sans dire). Le but est qu’il comprenne que pincer son humain n’est pas un jeu acceptable. Cela vous évitera de vous retrouver quelques années plus tard avec des hématomes monstrueux sur le bras ou le flanc (votre fidèle rédactrice en parle en connaissance de cause !).

Pourquoi mon cheval me mord ? Le cas de la morsure dirigée vers le cavalier

Hiérarchie, respect de l’espace et place du cavalier

Nous l’avons évoqué précédemment : la hiérarchie entre humain et cheval doit être claire pour les deux. Et lorsqu’un animal mord son cavalier, la question de l’espace personnel se pose. Si votre compagnon vous bouscule (même de la tête pour se gratter), cherche à vous déplacer (en vous montrant sa croupe ou en vous bloquant contre le pare-bottes) ou vous pince avec plus ou moins de force, il est en train de tester les limites.

L’idée n’est pas de dominer votre cheval à grands coups de cravache ou de tapes sur le museau, bien que certains « anciens » continuent de l’affirmer. Il vous faut être très clair sur votre position dans ce troupeau miniature que vous formez avec votre animal. Et cette position doit être constante, chaque jour, même quand vous êtes fatigué ou moins en forme.

Quand la morsure devient de l’agressivité

Il faut distinguer le mordillement insistant (qui peut faire quand même très mal) de la vraie morsure agressive. Cette dernière est toujours assortie d’un langage corporel belliqueux : oreilles plaquées en arrière, encolure tendue, geste appuyé… Là, on n’est plus dans le jeu ou la communication maladroite. L’accompagnement par un professionnel est alors indispensable, car les conséquences de cette attitude peuvent être très graves. Un premier rendez-vous avec un vétérinaire (pour s’assurer que le comportement n’est pas lié à une douleur), puis l’aide d’un comportementaliste équin sont à prévoir au plus vite avant que la situation dégénère.

Les Risques Associés aux Morsures de Cheval

Conséquences physiques pour l’humain

Quiconque s’est déjà fait mordre par un cheval s’en souvient. Avec une telle force dans la mâchoire, un équidé peut provoquer de gros bleus, des plaies profondes, voire des fractures (oui, oui, au niveau de l’avant-bras ou des mains !). En bref, même un coup de dents « pour jouer » peut envoyer quelqu’un aux urgences. En cas de blessure sérieuse, mieux vaut donc savoir quoi faire en cas d’accident de cheval. Et si votre animal s’en prend à une tierce personne, votre propre responsabilité peut être engagée… d’où l’importance d’avoir une bonne assurance responsabilité civile.

Impact sur la relation cheval-cavalier

Mais au-delà des blessures physiques, il y a aussi la confiance mutuelle entre l’humain et son cheval. Après une grosse morsure, il n’est pas rare d’avoir de l’appréhension, voire une véritable peur de son animal (encore une fois, votre fidèle rédactrice sait de quoi elle parle !). Résultat : l’équidé le ressent et devient de plus en plus nerveux. C’est alors un vrai cercle vicieux : plus le cheval est anxieux, plus il risque de mordre… et plus il mord, plus la méfiance et la crainte s’accentuent chez le cavalier, ce qui entraine du stress pour l’animal, etc.

Prévenir et Corriger le Comportement de Morsure

Comment empêcher un cheval de mordre

La première règle est de ne JAMAIS répondre à une morsure par la violence (même si c’est souvent le premier réflexe). Pas de punition ! On ne frappe pas un cheval qui mord sous peine d’augmenter sa peur, son stress ou de transformer la chose en un jeu. Il faut avant tout anticiper au maximum ! Repérez les situations à risque (= pansage, sanglage, distribution de foin, etc.) et surveillez attentivement les signaux de l’animal (un cheval donne des signes avant de mordre, au niveau des oreilles, des yeux, de la tête). Avant que le geste ne survienne, repositionnez votre cheval pour le corriger. Personnellement, j’ai usé et abusé de la technique du reculer chez Fanfan. Deux ou trois pas suffisent.

L’éducation et le renforcement positif

Le renforcement positif, c’est-à-dire récompenser le bon comportement plutôt que punir le mauvais, donne d’excellents résultats avec les chevaux. L’idée est d’apprendre à votre compagnon qu’il peut obtenir ce qu’il veut sans passer par la case pincement ou morsure. Et bien sûr, on arrête totalement d’offrir des friandises à la main (ou pire dans la poche) et on opte pour la mangeoire ou le seau.

L’accompagnement d’un comportementaliste équin peut être particulièrement intéressant si vous ne savez plus comment vous sortir de l’engrenage. Pour ma part, cet œil extérieur nous a permis de retravailler les bases et de soigner la relation très mise à mal par les morsures.

Adapter l’environnement du cheval

Nous l’avons vu en début d’article : dans certains cas, la morsure est due à l’environnement du cheval. Un équidé qui sort très régulièrement, qui vit en contact avec ses congénères, avec du fourrage à volonté et un travail adapté est un équidé qui se sent globalement plus serein, et donc moins enclin à mordre.

Avant de chercher une solution éducative, mieux vaut vous assurer que les besoins fondamentaux de votre animal sont bien remplis : le bien-être du cheval est souvent la clé pour un comportement calme et apaisé.

La cohérence et l’éducation continue

Last but not least, la régularité fait tout. Un cheval comprend les règles si elles sont les mêmes pour tout le monde et tout le temps. Si vous interdisez les pincements et mordillements, mais que votre demi-pension en rigole et l’encourage, votre animal sera perdu. Idem si un jour, vous le laissez vous bousculer ou chercher une friandise dans votre veste, et le lendemain, vous êtes droit dans vos bottes et le faites reculer au moindre effleurement des lèvres. C’est sans doute ce qui est le plus difficile, mais vous devez tenir sur la durée ! Les chevaux sont comme de gros bébés à qui il faut régulièrement rappeler les règles du jeu.