Tics du cheval : causes, prévention et solutions efficaces
Votre compagnon à quatre pattes grignote la porte de son box, balance sa tête sans relâche ou émet un drôle de bruit de gorge régulièrement ? Ces comportements ont un nom : les tics du cheval. Et contrairement à ce qu’on pourrait penser au prime abord, ce ne sont ni des caprices, ni de mauvaises habitudes à corriger. Il n’est pas possible d’empêcher un cheval de tiquer. Et pour cause, derrière chaque stéréotypie équine se cache un mal-être et c’est en y répondant qu’on peut faire cesser ces signaux de détresse. Dans cet article, nous faisons le point ensemble sur le sujet, sans idées reçues.
Qu’est-ce qu’un tic chez le cheval ?
Définition des tics et stéréotypies équines
Un tic du cheval ou une stéréotypie équine est la répétition d’un mouvement ou d’une attitude, sans but apparent. En d’autres termes, un cheval qui tique, c’est un cheval qui reproduit toujours le même geste encore et encore, presque mécaniquement.
Ce n’est pas anodin. Les stéréotypies ne sont que très rarement observées chez les individus vivant à l’état sauvage : elles n’apparaissent qu’après domestication, lorsque l’environnement ne répond pas aux besoins fondamentaux de l’équidé. On estime qu’entre 10 % et 40 % des animaux en box présentent des tics (source). D’où le vilain surnom de « vices d’écurie ».
Différence entre tics oraux et locomoteurs
Il existe deux grandes familles dans les stéréotypies équines :
- Les tics oraux qui font intervenir la bouche du cheval : tic à l’appui, tic à l’air, mais aussi le fait de sortir la langue en permanence, lécher des objets ou mâchonner dans le vide.
- Les tics locomoteurs qui touchent le corps du cheval : tic de l’ours, tic ambulatoire (= l’animal tourne en rond ou fait des allers-retours sans s’arrêter) ou l’encensement (= la tête balance de haut en bas).
Distinguer les types de stéréotypies est important : cela permet de mieux comprendre ce que votre compagnon cherche à exprimer, et donc, par extension, de répondre à ses besoins et le soulager.
Les différents types de tics chez le cheval
Le tic à l’appui
Le cheval saisit un objet, comme la porte de son box, une barrière ou un piquet, avec ses incisives et tire vers l’arrière en contractant l’encolure, le tout en émettant un bruit rauque très caractéristique. À terme, l’équidé peut s’abîmer considérablement les dents et, parfois, avoir du mal à maintenir son poids de forme, sans que le mécanisme exact soit clairement établi.
Non aux idées reçues ! On a longtemps cru que, se faisant, l’animal avalait de l’air. Or, ce n’est pas le cas, des radiographies ont démontré que ce bruit est dû à la dilatation excessive de l’œsophage au moment du tic à l’appui.
Le tic à l’appui pourrait être lié à un inconfort gastrique : la salive produite pendant l’effort a un effet « tampon » sur l’acidité de l’estomac de l’équidé, et l’hypothèse est que le cheval tiquerait en partie pour apaiser cette gêne. Bon à savoir : le tic à l’appui figure parmi les défauts reconnus lors de l’achat d’un cheval.
Le tic de l’ours
Aussi appelé « weaving » en anglais, le tic de l’ours est une stéréotypie locomotrice. Le cheval balance son encolure et sa tête de droite à gauche, tout en reportant son poids d’un antérieur à l’autre. On l’observe fréquemment à la porte du box, notamment dans les moments d’attente ou d’excitation (= avant la distribution de granulés ou la sortie au paddock par exemple).
Bon à savoir : il existe aussi la variante « box walking » ou tic de l’ours en marchant. Comme son nom l’indique, l’animal tourne sans cesse dans son box.
Le tic de l’ours est généralement plus simple à canaliser, puis guérir que le tic à l’appui. Probablement parce que le weaving est surtout lié à la frustration et au manque de mouvement. Améliorer les conditions de vie du quotidien agit assez directement sur sa cause. Le tic à l’appui, quant à lui, est souvent associé à un inconfort digestif qui a tendance à s’installer sur la durée.
Le tic de déglutition
Le terme « tic de déglutition » est communément utilisé par les propriétaires, mais il prête à confusion, car le cheval ne déglutit pas réellement. En réalité, il s’agit du tir à l’air, une variante du tic à l’appui. L’équidé prend la même posture et produit le même son rauque, mais sans appui sur un support.
Le tic à l’air est souvent plus difficile à repérer, justement parce qu’il ne laisse pas de traces de dents ! Le seul avantage ? Cette stéréotypique n’use pas ni ces dernières ni le matériel… Mais n’en oubliez pas pour autant qu’elle démontre un véritable inconfort.
Causes des tics chez le cheval
Facteurs de risque et prédispositions
Les tics équins apparaissent tôt dans la vie du cheval, parfois dès poulain, et tout particulièrement dans des périodes de bouleversement intense. Ces troubles du comportement du cheval se déclenchent notamment au sevrage et au débourrage. L’isolement, le changement d’alimentation et la perte de repères sont de véritables bombes à retardement qui entraînent, si elles persistent dans le temps, des stéréotypies marquées.
Bon à savoir : une part élevée des tics à l’appui commencent durant les premiers mois de vie, autour de la séparation d’avec la mère et les conditions dans lesquelles se déroule le sevrage pèsent énormément sur la suite (source).
Une prédisposition génétique et familiale est également évoquée. Ainsi, certains chevaux et certaines lignées semblent plus vulnérables que d’autres. Bien évidemment, cela ne dédouane aucunement l’environnement (qui joue un rôle crucial dans les tics du cheval), mais cela explique pourquoi deux individus dans des conditions similaires ne réagissent pas de la même manière.
Influence de l’environnement et du stress
Pour rappel, le cheval est un animal grégaire (= qui vit en groupe) qui passe quasiment l’entièreté de sa journée à brouter. On imagine aisément à quel point la vie au box diffère des conditions naturelles dans lesquelles évoluent les équidés !
De fait, les principaux facteurs de risque de tics sont :
- un apport en fourrage trop faible (source d’ennui et d’inconfort digestif, voire de stress et ulcère chez le cheval) ;
- une ration trop riche en concentrés (= les granulés et céréales) ;
- le peu d’interactions avec les congénères ;
- la restriction du mouvement (= box trop petit, sorties rares et limitées) ;
- un environnement de vie pauvre en stimulations.
En bref, plus l’environnement s’éloigne des conditions naturelles, plus le risque de développer une stéréotypie équine grimpe.
Conséquences des tics sur la santé et le bien-être du cheval
Selon le tic, les répercussions ne sont pas les mêmes.
Les tics oraux peuvent ainsi provoquer :
- une usure prématurée des incisives (notamment lors du tic à l’appui) ;
- des fractures ou des fissures dentaires dans les cas les plus sévères ;
- une hypertrophie des muscles de l’encolure et de la mâchoire ;
- des tensions musculaires cervicales (bonjour l’ostéo !) ;
- une fatigue des muscles masticateurs ;
- un risque accru de certains troubles digestifs ;
- des lésions sur les lèvres, la langue ou les gencives selon le type de stéréotypie.
Du côté des tics locomoteurs, les conséquences sont également lourdes :
- sollicitation excessive des articulations (avec les conséquences qui vont avec…) ;
- fatigue des tendons et des ligaments.
- usure prématurée des sabots ;
- développement musculaire asymétrique ou déséquilibré ;
- fatigue musculaire chronique ;
- perte de poids (car la dépense énergétique est importante) ;
- risque de blessures (coups contre les parois du box ou les clôtures) ;
- augmentation du risque de douleurs musculo-squelettiques dans les cas chroniques.
Autant de troubles dont la prise en charge vétérinaire peut vite chiffrer. Souscrire une assurance santé cheval permet d’anticiper ces frais.
Malgré tout, n’oubliez pas que les tics sont un véritable signal d’alarme sur la santé mentale et le bien-être du cheval. Ce comportement est un véritable moyen de gestion du stress, de la frustration, de l’anxiété et des difficultés d’adaptation. C’est pourquoi il ne faut pas chercher à l’empêcher à tout prix. Un équidé qui tique exprime une souffrance : en le privant de son exutoire sans traiter la racine du problème, cela ne fait que déplacer le souci.
Comment prévenir et traiter les tics du cheval
Stratégies de prévention
L’expression « mieux vaut prévenir que guérir » est particulièrement à propos quand on évoque les stéréotypies équines. L’idéal est de proposer à votre cheval un environnement le plus proche possible de ses conditions de vie naturelles :
- Proposez l’accès au fourrage en continu pour occuper votre animal et apaiser son estomac.
- Réduisez les concentrés au profit des fibres alimentaires.
- Favorisez les contacts sociaux : un cheval doit pouvoir voir, sentir et toucher ses congénères tous les jours.
- Augmentez le temps de sortie et surtout, de mouvement (mise à l’herbe de votre cheval, paddock ou, a minima, un système paddock-box).
- Prêtez une attention toute particulière aux moments charnières avec un sevrage progressif et un débourrage le plus respectueux possible.
Traitements et solutions possibles
Si le comportement stéréotypé est déjà installé, nous vous conseillons en premier lieu de consulter un vétérinaire afin de vérifier l’état des dents de votre compagnon, de rechercher un éventuel trouble digestif ou gastrique et traiter une potentielle douleur sous-jacente.
Ensuite, vous vous en doutez, retour au naturel ! Suivez les recommandations ci-dessus : c’est la meilleure réponse de fond.
Enfin, terminons par un point sur les colliers anti-tic et Cie. S’ils empêchent mécaniquement le cheval de tiquer, ils n’agissent jamais sur la cause. Pire, ils augmentent le stress et provoquent souvent un effet rebond dès leur retrait, voire l’apparition d’un autre tic parfois plus grave. L’auto-mutilation a même été observée dans les cas les plus sévères. Ils ne doivent donc pas être envisagés comme des solutions, sauf avis d’un professionnel.
